Les secrets de la couverture de "J'ai dû rêver trop fort"

par l'illustratrice Mariachiara Di Giorgio
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C’est à Mariachiara Di Giorgio que nous devons la couverture de J’ai dû rêver trop fort. Cette jeune artiste italienne a signé chez E/O, avec beaucoup de poésie et d’originalité, toutes les couvertures des éditions italiennes des romans de Michel Bussi. D’un trait, avec sa palette de couleurs, grâce à une combinaison savante de symboles et de clins d’œil, elle a su recréer l’univers unique du romancier. Comme pour J’ai dû rêver trop fort qui fait la part belle au rêve, à l’évasion, à la passion, au suspense, à l’obsession du sentiment amoureux et à la musique…

Focus sur Mariachiara !

Quel est votre parcours d’artiste, d’illustratrice ?

Je dessine depuis toujours. J’ai étudié à l’Institut européen de design de Rome (IED), puis j’ai effectué un stage à l’Ensad de Paris. Pendant plusieurs années, j’ai travaillé dans le domaine de la publicité et j’ai été également scénariste pour le cinéma. Ensuite j’ai travaillé comme illustratrice. Aujourd’hui, je collabore principalement avec l’édition jeunesse. En France, j’ai publié Profession crocodile (Les Fourmis rouges) et Nino dans tous ses états (Casterman). Mon auteur de littérature enfantine préféré et ma source d’inspiration majeure est Tomi Ungerer : ses histoires sont si drôles avec leur petit côté « noir » !

 

Qu’est-ce qui vous inspire dans la vie, quels sont vos artistes, vos peintres préférés ?

Je pense que les artistes que l’on découvre dans l’enfance sont très importants. J’ai toujours aimé le cinéma, tous les genres de cinéma... J’en ai peut-être trop vu à la télévision quand j’étais petite ! Je regardais des films comme La Belle et la Bête de Jean Cocteau ou Les Chaussons rouges de Michael Powell et Emeric Pressburger. J’aimais beaucoup ce film avec ses couleurs très vives, le Technicolor, qui avait quelque chose de magnifique et de naïf à la fois, comme les cristaux d’un kaléidoscope ou des papiers de bonbons. J’ai toujours adoré les films où l’artifice est évident mais qui restent « vrais », crédibles !

 

Comment travaillez-vous l’univers de Michel Bussi, en discutez-vous avec l’éditeur italien, lisez-vous les romans ou partez-vous simplement de mots clés, d’un simple brief ?

Normalement, l’artiste n’a pas besoin de lire le livre pour réaliser la couverture, l’éditeur doit en fournir un résumé détaillé avec les éléments saillants. Mais, dans le cas des romans de Michel Bussi, je lis des chapitres pour m’imprégner, sinon le texte entier.

La première couverture de Michel que j’ai dessinée était celle de Nymphéas noirs. On m’avait parlé des romans de cet auteur, avec leur trame complexe, le suspense et les rebondissements. La violence existe un peu mais elle est modérée. Ce ne sont pas de vrais romans noirs, plutôt des thrillers avec beaucoup de personnages et de surprises. De vrais casse-tête à illustrer ! Il est, selon moi, important de faire des couvertures plutôt gaies et colorées, tout en mettant l’accent sur le thriller.

Ce que j’aime dans les romans de Michel, c’est la façon dont il fait naître le suspense dans ses histoires, et comment il parvient à concilier les vicissitudes de ses protagonistes à des expériences que nous pourrions nous-mêmes traverser. Dans J’ai dû rêver trop fort, par exemple, il met l’accent sur l’aspect obsessionnel lié au souvenir d’une passion intense dans la vie de l’héroïne, une passion dont la pensée et le regret la hantent. Michel transforme cette histoire en un thriller qui devient, en un sens, cathartique.

 

Comment procédez-vous techniquement : crayonné, esquisse, mise en couleur… ?

Je commence par un croquis rapide, très petit, presque de la taille d’un timbre-poste. Si j’aime l’idée, j’ajoute des lumières et des ombres, puis je réalise un dessin en couleur. Je travaille habituellement à la main mais, pour les couvertures, je préfère créer une version finale numérique.

 

Quelle a été la difficulté pour illustrer le nouveau roman de Michel Bussi, J’ai dû rêver trop fort, cette histoire d’une passion amoureuse teintée de suspense ?

Il n’est pas facile de trouver la bonne illustration, vous pouvez avoir des idées, mais elles doivent également coller à l’univers de l’auteur et à l’image de l’éditeur. Parfois, certains dessins que vous jugez efficaces ne tombent pas sous le sens pour un œil externe. Pour J’ai dû rêver trop fort, la silhouette féminine occupe une grande place, peut-être parce que c’est le personnage principal de l’histoire… Les nuages qui couvrent son visage font à la fois référence au mystère, à la confusion mentale qui la gagne et à son travail d’hôtesse. Les teintes de rose, orange, presque rouge, en plus du bleu du ciel (pour la silhouette, l’hirondelle, l’avion…), évoquent la Barcelone chaleureuse et les jours de passion qui ont marqué les deux protagonistes.

 

Quelle est votre couleur préférée ?

Peut-être le vert. Et peut-être parce que ce que nous nommons « vert » recouvre un éventail de couleurs beaucoup plus large. Certaines plantes paraissent plus grises, plus blanches que vertes, d’autres sont presque jaunes. Par convention nous les classons comme « vertes ». Un illustrateur doit faire le contraire : ne jamais trop compter sur le langage, la partie très rationnelle du cerveau, il doit demeurer capable de saisir toutes les nuances...