La Réunion, une île chère à Michel Bussi

Ne lâche pas ma main
Ne lâche pas ma main

Pour l’édition collector de son roman Ne lâche pas ma main, Michel Bussi a répondu aux questions d’Olivier Cirendini, auteur du guide La Réunion Lonely Planet.

Qu’est-ce qui vous a séduit à La Réunion ?

On y trouve bien sûr des paysages étonnants, stupéfiants, sur un tout petit périmètre. Mais ce qui m’a le plus frappé en arrivant de la métropole, c’est la tolérance, la cohabitation pacifique des groupes de religions différentes que l’on y rencontre. C’est assez unique à notre époque. Il y a aussi une atmosphère particulière pour le nouveau venu, car on n’est pas nécessairement vu comme un « touriste » sur l’île. Il y a à La Réunion un tel brassage que personne ne sait vraiment qui y habite et qui y est de passage, qui est venu rendre visite à sa famille et qui vient de s’y installer à demeure. Et enfin il y a les contrastes, qui rendent La Réunion si particu­lière et si passionnante. L’île est un microcosme de la mondialisation : elle est au carrefour de plusieurs continents, on y trouve des disparités stupéfiantes sur une terre si petite, de grandes inégalités, tant sociales que géographiques…

 

La géographie, justement. Une matière qui vous est chère…

J’ai abordé La Réunion autant en touriste qu’en géographe, matière que j’enseigne à l’université. Le public n’a pas toujours pleinement conscience de tout ce que la géographie recouvre. Elle m’a permis d’appréhender l’île dans son ensemble, de sa dimension physique à sa réalité sociale. De parler de ses paysages, bien sûr, mais aussi de ses religions, de ses traditions ou encore de son quotidien, comme par exemple ses embouteillages ! C’est le livre pour lequel je me suis le plus documenté. J’ai consulté des livres de tourisme, d’histoire, de sociologie, je me suis intéressé aux faits divers…

 

Vous avez plutôt habitué vos lecteurs aux paysages de la Normandie. Et tout à coup, avec Ne lâche pas ma main, vous nous emmenez sur l’île de La Réunion. Quel moustique vous a piqué ?

J’ai découvert l’île un peu par hasard, parce que des amis s’y sont installés et que je suis allé leur rendre visite à plusieurs reprises. Je suis tombé sous le charme, en même temps que les personnages du roman, son intrigue, les lieux qui lui servent de cadre s’imposaient à moi. J’ai eu très vite envie de faire vivre une histoire à La Réunion. Je venais d’écrire plusieurs romans situés en Norman­die, nous étions en pleine vague de polars scandinaves… J’ai voulu mettre en scène une enquête dans un univers opposé, tropical, ensoleillé et un peu épicé, à l’image de l’île. J’ai conçu ce livre comme un roman d’été, un livre que l’on peut emporter en voyage, un dépaysement. Et j’ai aussi été surpris de constater qu’il y a très peu de livres, et de films, qui se déroulent à La Réunion, alors que l’île fournit un cadre magnifique pour un romancier. J’ai voulu faire un livre qui lui rende hommage.

 

Saint-Gilles, l’Ermitage, Entre-Deux, le piton de la Fournaise, l’anse des Cascades… La course-poursuite de Ne lâche pas ma main nous emporte aux quatre coins de l’île, tout comme Nymphéas noirs explorait méticuleusement le village de Giverny. Vous écrivez des polars touristiques ?

Des lecteurs m’ont contacté pour me dire qu’ils allaient faire un « Ne lâche pas ma main tour » pour leur voyage de noces, en suivant les étapes du livre. J’en ai été ravi. Il y a à La Réunion des lieux fabuleux pour servir de décor à une histoire.

Le volcan, les villages des hauteurs de l’île noyés de brume, le lagon, les cirques… Lorsque j’ai découvert pour la première fois la plaine des Sables, avec ses paysages lunaires, j’ai tout de suite pensé à une scène se déroulant dans ce décor grandiose. L’imagination du romancier galope tout de suite face à un cadre aussi extraordinaire. J’ai voulu montrer les paysages de l’île dans ce qu’ils ont de plus beau. De plus touristique, aussi. C’était volontaire : je voulais faire un roman que les visiteurs peuvent glisser dans leur sac de voyage, lire dans l’avion ou sur la plage. Cela impliquait de faire des choix de lieux, de s’appuyer sur les sites les plus emblématiques, les plus belles cartes postales de cette île qui n’en manque pas. Je voulais que le lecteur puisse marcher sur les traces du roman.

 

Chacun de vos livres a ses personnages. Vous n’avez jamais eu envie de créer un personnage que vous suivriez de polar en polar ?

Cela ne correspond pas vraiment à ma façon de penser mes intrigues. Je les imagine en m’appuyant souvent sur des histoires intimes, personnelles, qui ne peuvent pas resservir d’un livre à l’autre. Mais Ne lâche pas ma main pourrait être une exception. Ce couple de flics pourrait très bien repartir pour une autre enquête à La Réunion, en roman ou sous une autre forme. Les person­nages sont là, et rien n’empêche d’imaginer une suite. D’autant plus qu’il y a encore tant de choses à exploiter et à explorer sur cette île, tant de paysages qui peuvent servir de cadre pour de nouvelles histoires…

 

Vous promenez le lecteur dans les paysages de l’île, mais vous le baladez aussi avec votre intrigue. Vous avez un goût pour les histoires enfouies dans le passé qui ne demandent qu’à resurgir ?

Le roman met en scène les histoires familiales de ses personnages, qui sont aussi liées parfois à l’histoire de l’île. La diversité de La Réunion permet au romancier de donner vie à une brochette de personnages très divers : celui qui vient tenter l’aventure sur cette île qu’il voit comme une terre de liberté totale, celui qui s’accroche à son rhum ou à son RSA. Il y a aussi ce couple d’enquêteurs à première vue mal assortis, mais finalement complémentaires : une Zarabe (Réunionnaise d’origine indienne) cartésienne faisant équipe avec un Zoreille (Réunionnais d’origine métropolitaine) un peu désabusé. Et tous les autres, témoins pour certains de cette violence particulière de La Réunion. C’est une violence domestique, intime, qui nourrit l’intrigue policière.