Géographie : les falaises blanches d’Yport

Les falaises d'Yport
(c) Jean-Pol GRANDMONT - Own work, CC BY-SA 3.0

De la cité de La Courneuve qui a vu grandir Jamal, le héros unijambiste de N’oublier jamais, aux aiguilles étincelantes de neige du Mont-Blanc, Michel Bussi a dissimulé l’intrigue de son roman dans les trous de gruyère des blanches falaises calcaires de la Manche, éparpillant les indices le long de la côte normande, entre Yport et Isigny.

Les falaises d’Yport

« Ce paysage d’éternité n’était qu’une illusion. »

« Jamal Salaoui grimpait avec une régularité de métronome la plus haute falaise d’Europe. Cent vingt mètres… » Et balayée aussi par un petit air de chauvinisme… sans doute. Les Irlandais diront que ce sont les leurs, celles de la Slieve League, culminant à 606 mètres dans le comté de Donegal. A quoi les Madériens rétorqueront que les leurs, à Cabo Girão, sont les troisièmes plus hautes du monde.

Tous jaloux, parce que les monumentales falaises de craie blanche qui gardent la Côte d’Albâtre – « j’avais l’impression de me trouver face au mur gigantesque d’une prison imaginée par les dieux pour enfermer les hommes » – ont enflammé les pinceaux de Monet et de Courbet, la plume de Flaubert et celle d’André Gide. « Brusquement, le soleil réapparut et cogna ses rayons à la falaise, faisant scintiller d’or et d’argent la rouille d’argile et la craie. »

Leur blanc immaculé vient de la craie pure ; leurs plages de galets, des strates de silex libérés lors des éboulements successifs et polis par les vagues. « En amont du lieu-dit de la valleuse d’Etigues, 3 kilomètres à l’ouest de la commune d’Yport, un pan de falaise d’environ 45 000 mètres cubes s’est effondré. Ce type d’éboulement n’est pas rare sur notre côte. » Les pluies normandes profitent en effet des faiblesses de la craie. Friable, litée, elle se gorge d’eau, gonfle et provoque l’effondrement de pans entiers de ces remparts naturels.

C’est ici que s’achève le pays de Caux, ce plateau sédimentaire qui fut occupé par le peuple celte des Calètes.

 

« Le soleil mal réveillé se hissait péniblement au-dessus de la mer, après la falaise morte. »

Voilà ce qu’il advient d’une falaise qui n’a plus de contact avec la mer : elle meurt. Soit parce que la mer a abandonné des dépôts successifs de sédiments, soit parce que son niveau a baissé comme ce fut le cas lors du soulèvement du Bassin parisien.

 

« Le relief karstique de ces côtes crayeuses était un terrain de jeu fréquent pour les amateurs de randonnée souterraine. »

Le carbonate de calcium dont la craie est constituée est un minéral soluble dans l’eau. Et des trombes d’eau, il en est tombé, quand la Normandie jouissait, il y a bien longtemps, d’un climat tropical. C’est à cette époque que la craie, fissurée, stratifiée, a commencé à se dissoudre, aidée par l’infiltration des racines végétales. Un dédale de puits, trous et galeries a fini par se former.

« Son corps glissa sans un bruit dans le trou sans fond. »

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« Nuit grise. Dans la pénombre, la valleuse de Vaucottes prenait des allures de vallée hantée. »

Une valleuse, terme typique du pays de Caux, est une vallée dont la partie inférieure a été effacée par l’érosion marine, le long d’une côte festonnée de falaises de roches tendres. Une vallée suspendue en quelque sorte, morphologie typique de la craie de Normandie. Les valleuses vives offrent un accès naturel à la mer. Elles ont favorisé l’installation des villes de Fécamp, Yport, Etretat.

 

Ramasseurs de galets

« J’attends juste un tampon. L’autorisation de ramasser des galets sur la plage. »

Tombés, accumulés lors de l’effondrement des falaises du pays de Caux, les galets de silice, érodés, polis par les vagues et roulés par les courants vers les plages du Nord, finissent par s’accumuler contre la rive gauche de la Somme où ils constituent un véritable trésor.  Les géologues estiment à 30 000 m3 la masse déversée par la mer. Les ramasseurs de galets les remontaient sur l’épaule, dès le milieu du xixe siècle, dans des mannes. Aujourd’hui les carrières et entreprises de galets criblent, concassent, tamisent les gisements utilisés dans la filtration des eaux, le sablage, le décapage,  la production d’abrasifs.  Les galets bleus sont les plus nobles. Leur couleur exprime la silice la plus pure qui soit. « Le silicium  ne se trouve  à l’état naturel que sous une seule forme compacte. Les galets ! Et ceux de la Manche possèdent le taux de silice le plus fort au monde »,  au point d’être exportés dans la Silicone Valley, raconte la légende ou l’imagination de Michel Bussi. « Le nom, Silicone, vient de là, du silicium, pas des seins en gélatine des Californiennes… »

Alors que le ramassage de galets est interdit depuis 1976, des estimations évaluent leur perte à hauteur de 50 % par rapport au stock existant au début du xixe siècle.

« Donc aujourd’hui, terminé ! La collecte est strictement interdite, sauf autorisation spéciale. »

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Yport ? « C’est un village normand, mon grand. Près d’Etretat. Mille mètres de dénivelé sur dix kilomètres… »

Yport connut son apogée pendant l’essor de la pêche, dès le début du xixe siècle. Mais la pêche n’est plus. Les caïques, légères embarcations de pêcheurs ont disparu de la Côte d’Albâtre mais naviguent encore sur les toiles de Renoir. Un casino et nombre de petits restaurants, où l’on vient faire bombance, animent la période estivale. « En février, Yport ressemblait à une résidence pour personnes âgées, une jolie maison de retraite au bord de la mer divisée en plusieurs centaines de pavillons. » La commune compterait aujourd’hui moins de 1 000 habitants.

 

« Les îles Saint-Marcouf

Deux cailloux posés dans la mer, sur lesquels Napoléon avait construit un fort contre les Anglais. »

L’île de Terre et l’île du Large, à 7 km au large de la côte du Cotentin, portent le nom du saint qui venait y faire carême. Longtemps anglaises, elles furent restituées à la France  en 1802. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elles furent suspectées, à tort, d’être un avant-poste allemand armé de batteries lourdes. Aujourd’hui, l’île de Terre, interdite aux hommes, est réservée aux oiseaux.

Quant à l’île du Large, « immédiatement, elle me fit penser à Fort Boyard, mes premières peurs et fantasmes de môme, les nains, les tigres, les araignées et les seins des starlettes dans leur maillot décolleté ».

 

« L’Ultra-Trail du Mont-Blanc, c’était 168 kilomètres de balade, 9 600 mètres de dénivelé,  quarante-six heures de course… »

Cinq courses à pied, en réalité, dites d’ultra-endurance, dont le tour du Mont-Blanc, entre France, Suisse et Italie, pour 2 300 participants… l’un d’eux sur une seule jambe, peut-être… Voilà à quoi rêve de participer Jamal : « Etais-je capable d’un tel exploit ? Aller au bout de moi-même, jusqu’à oublier ma douleur ? »

Au terme d’une course contre la montre, ou contre la mort, Jamal finira-t-il par « devenir le premier sportif handicapé à participer à l’Ultra-Trail », et à contempler enfin la face nord du mont Blanc du Tacul, avec la Vallée Blanche à ses pieds ? L’un des plus beaux panoramas d’Europe, dominé par la vertigineuse barrière composée de  l’Aiguille Verte, des Droites, des Courtes, des Grandes Jorasses, du mont Maudit…

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« La baie d’Yport explosa dans la lumière du matin. Des algues émeraude s’accrochaient par touffes aux pierres torturées du platier telles des oasis déchiquetées dans un désert humide. »